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Le silence traumatique : comprendre l’indicible

Portrait flou en noir et blanc d'une femme les mains devant la bouche, visage dédoublé

Le silence traumatique

Le Silence Traumatique … Quand la douleur ne fait pas de bruit, mais hurle à l’intérieur.

Il y a des feux qui brûlent sans lumière. Des cris qui ne traversent pas les murs. Des histoires qui restent coincées dans la gorge, parce qu’un jour, elles ont été étouffées par le doute d’un autre. Imagine une alarme incendie dans une pièce insonorisée. À l’intérieur, c’est la panique. À l’extérieur, le calme. Personne ne vient. Personne n’entend.

Camille

C’est ce que vit Camille, depuis ce jour où elle a parlé et n’a pas été crue.

On lui a dit qu’elle exagérait. Qu’elle devait tourner la page. On a détourné le regard et fait comme si rien ne s’était passé.

Alors elle a fermé la bouche.

Et le silence s’est installé comme un verrou. Un verrou sur sa mémoire. Un verrou sur sa légitimité.

La deuxième blessure

Il faut nommer précisément ce qui s’est joué là, parce que c’est souvent le nœud du traumatisme.

Il y a l’événement. Et il y a ce qui arrive quand on tente de le dire.

Cette seconde blessure est fréquemment plus destructrice que la première. L’événement a été subi. Le fait de ne pas être cru, lui, dit quelque chose de plus vaste : personne ne viendra, et ma parole ne vaut rien.

Un traumatisme entouré et reconnu se répare beaucoup mieux qu’un traumatisme moins grave laissé dans le doute et la solitude.

C’est pour cela que la réaction de l’entourage n’est jamais un détail périphérique. Elle fait partie de ce qu’il faudra soigner.

Le silence n'est pas toujours un refus

C’est une confusion importante, y compris chez les professionnels.

On suppose souvent que la personne ne veut pas parler. Parfois, elle ne peut pas.

La mémoire traumatique ne s’enregistre pas comme un récit ordinaire. Elle se dépose en fragments sensoriels, en images sans suite, en sensations sans contexte. Il n’y a pas d’histoire cohérente à raconter, parce qu’elle n’a jamais été constituée comme telle.

Demander un récit à quelqu’un qui n’en possède pas revient à lui demander de traduire une langue qu’il n’a jamais apprise. Et son incapacité à le faire vient confirmer, une fois de plus, qu’il n’est pas crédible.

Quand le silence parle par le corps

Des années plus tard, en séance, ce silence s’est invité.

Pas par les mots. Par le corps. Par les larmes qui ne savaient pas pourquoi elles coulaient. Par les phrases qui tournaient en rond sans jamais nommer.

C’est ainsi que le silence traumatique se manifeste presque toujours. Une gorge qui se serre au moment d’aborder un sujet. Une voix qui baisse. Un blanc au milieu d’une phrase.

Ce ne sont pas des résistances. Ce sont des informations.

Contourner les mots

Avec l’hypnose conversationnelle stratégique intégrative HyCSI®, nous avons contourné les mots.

Nous avons écouté autrement.

Et dans cet espace sécurisé, dissocié, elle a pu dire : je n’ai pas été crue, et depuis, je ne parle plus.

Contourner ne veut pas dire forcer un passage. Cela veut dire trouver un autre chemin vers la même chose. Le corps, les images, les sensations offrent un accès quand le langage est verrouillé.

La croyance qui se décolle

Alors nous avons travaillé non pas sur le récit, mais sur le ressenti.

Sur cette impuissance figée. Sur cette croyance : si je parle, je serai rejetée.

Et doucement, cette croyance s’est décollée. Comme un vieux pansement sur une plaie cicatrisée.

Ce déplacement mérite d’être souligné. Nous n’avons pas cherché à établir les faits, ni à reconstituer ce qui s’était produit. Nous avons traité ce que l’expérience avait installé comme règle de vie.

C’est souvent là que le travail se joue, et non dans l’exactitude du souvenir.

Ce que cela demande au thérapeute

Une remarque pour ceux qui accompagnent ces situations.

La tentation de faire parler est grande. Elle part d’une bonne intention et elle est parfois soutenue par la conviction qu’il faut tout dire pour aller mieux.

Mais exiger le récit reproduit exactement l’injonction d’origine. Parle, prouve, justifie, sinon je ne peux rien pour toi.

Le premier soin consiste souvent à faire l’inverse. Signifier que la personne peut ne pas raconter. Que rien ne sera exigé. Que le doute des autres n’a pas sa place ici.

Beaucoup de patients disent la même chose après coup. Ce n’est pas la technique qui les a délivrés. C’est d’avoir été crus sans avoir eu à convaincre.

Retrouver sa voix

Camille a retrouvé sa voix.

Pas pour raconter. Mais pour exister.

Sandra Depasse  ·  Absolem Formations