Désensibiliser les sens figés par le trauma : une approche hypnotique libératrice
Je m’apprêtais à écrire sur un autre sujet et puis j’ai vu un extrait de Quotidien avec les témoignages d’Olivier, Eric et Adrien victimes de violences physiques, psychiques et sexuelles à l’institution Notre-Dame de Bétharram en France.
J’ai entendu leurs sanglots retenus, j’ai ressenti leur effondrement, j’ai vu dans leur langage corporel la terreur intacte des petits garçons qu’ils ont été et la colère immense des adultes qu’ils sont devenus tant bien que mal.
Car le viol, particulièrement dans l’enfance, est une bombe à retardement que l’inconscient essaie de contenir et de contenir encore et qui détruit pourtant tout sur son passage : l’insouciance, l’estime de soi, la quiétude, la confiance en soi, la joie, l’enfance…
Et dans ces témoignages j’ai entendu ce dont on parle rarement, les odeurs : « … il m’embrassait le zizi et il m’embrassait de force, je me rappellerais toujours de son haleine, j’ai beaucoup de mal aujourd’hui avec les odeurs des gens en fait, c’est quelque chose qui restera gravé toute ma vie »
« …son parfum je l’ai encore dans le nez et quand je croise quelqu’un qui a ce parfum je ne suis pas bien ».
On évoque souvent la vue ou le ressenti physique, mais le viol crée une sidération où l’horreur de ce qu’on a vécu se fige au travers de tous nos sens et touche donc aussi l’ouïe, l’odorat, le goût.
Au moment de désensibiliser une scène traumatique en hypnose, il sera donc souvent nécessaire de changer aussi les sons, les goûts et les odeurs.
Et c’est possible et c’est totalement libérateur.
Je me souviens de cette patiente qui a changé le parfum de son agresseur en une odeur de citron qu’elle appréciait et qui m’a dit plus tard : « c’est drôle, de temps en temps je sens le citron dans la rue, je me doute que ça couvre l’odeur de ce parfum qui me rendait malade, mais ça ne me fait plus rien … »
Bérangère Lhomme – Absolem Formations
Notre regard sur ce sujet
Ce que ces témoignages rendent visible, et que nous retrouvons dans chaque cabinet, tient en une phrase. La mémoire traumatique n’est pas un souvenir, c’est un état du corps.
Un souvenir ordinaire se raconte au passé. On sait qu’il est terminé, on peut le résumer, l’abréger, l’arrêter. Une mémoire traumatique ne se comporte pas ainsi. Elle revient au présent, par fragments, et surtout par les sens. Une lumière, un timbre de voix, une texture, une odeur. C’est pourquoi un homme de soixante ans peut avoir la voix d’un enfant de dix ans en parlant. Ce n’est pas une façon de parler. Une part de lui n’a jamais quitté la scène.
L’odeur, que ces récits nomment et qu’on entend rarement ailleurs, mérite une attention particulière. Elle ne passe pas par les mêmes circuits que les autres perceptions. Elle atteint très vite les structures de la mémoire et de l’émotion, avant même qu’on puisse la nommer. Beaucoup de personnes agressées dans l’enfance décrivent une nausée soudaine sans comprendre pourquoi. Le corps a reconnu quelque chose que la conscience n’a pas identifié.
C’est ce qui explique une expérience très fréquente, et souvent décourageante pour les patients. Ils ont parlé pendant des années. Ils ont tout compris de leur histoire. Et pourtant le corps réagit toujours. Comprendre est un travail du langage. La trace, elle, s’est inscrite ailleurs, dans une zone qui ne parle pas.
Nous employons volontiers l’image des plaques sensibles. Chaque sens a gardé son empreinte, et chacune peut réactiver l’ensemble. Un travail qui ne traiterait que l’image visuelle laisserait les autres portes ouvertes. La désensibilisation se fait donc sens par sens, méthodiquement, dans une dissociation protectrice qui permet d’approcher sans revivre. C’est la différence essentielle entre transformer une mémoire et la subir une fois de plus.
Un mot enfin sur ce que produisent ces témoignages publics. Ils libèrent, et ils réveillent. Chaque fois qu’une affaire de cette ampleur sort, nos agendas se remplissent de personnes qui n’avaient jamais parlé. Entendre un autre dire l’indécidable autorise soudain à le dire. Cela vaut la peine d’y être préparé, professionnellement et humainement. C’est l’objet des formations de base et Abus sexuels.
Absolem Formations
