Sortir de la peur permanente
Il y a des blessures que l’on ne voit pas. Des cicatrices invisibles, qui ne marquent pas la peau mais l’âme. La violence faite aux femmes ne s’arrête pas au premier coup. Elle s’installe bien avant, dans l’attente… Dans cette hypervigilance constante ressentie à chaque infime variation dans la voix, chaque regard un peu trop appuyé, chaque changement soudain de comportement de l’autre devient une alerte. Alors on calcule, on réfléchi et on soupèse chaque mot, chaque geste, chaque rire… pour éviter le pire.
Le plus insidieux des traumatismes
Le traumatisme de la peur permanente est sans doute le plus insidieux.
C’est la peur de sentir l’orage avant qu’il n’éclate. Une peur qui enferme dans le silence, qui oblige à présenter un sourire au monde alors que tout tremble à l’intérieur.
Elle n’a pas besoin de coups pour exister. L’imprévisibilité suffit. Un climat où l’on ne sait jamais ce qui va déclencher quoi produit exactement le même épuisement qu’un danger réel et permanent.
L'hypervigilance n'est pas de l'anxiété
C’est une confusion fréquente, y compris chez les professionnels.
L’anxiété anticipe un danger possible. L’hypervigilance surveille un danger qui a déjà eu lieu et qui peut revenir. Ce n’est pas une imagination trop active, c’est un apprentissage réussi.
Le système nerveux a fait son travail. Il a appris à lire les signaux avant-coureurs, parce que cette lecture protégeait. Le problème n’est pas qu’il fonctionne mal, c’est qu’il ne s’arrête plus.
Cela se voit à des détails. S’asseoir dos au mur. Repérer les sorties. Se réveiller au moindre bruit. Savoir, au son de la clé dans la serrure, dans quel état est l’autre.
La sidération, ce réflexe qui fige
Dans nos cabinets, nous percevons très vite des bribes de la sidération. Ce réflexe qui fige, qui empêche de réagir, qui laisse prisonnière d’un scénario trop souvent rejoué.
Il faut dire une chose clairement, parce qu’elle allège beaucoup de culpabilité.
La sidération n’est pas un choix. Ce n’est ni de la lâcheté, ni du consentement, ni de la faiblesse. C’est une réponse involontaire du système nerveux, au même titre que la fuite ou le combat.
Le corps évalue en une fraction de seconde qu’aucune des deux autres options n’est disponible. Alors il fige.
C’est pour cela que la question « pourquoi n’es-tu pas partie » n’a aucun sens clinique. Elle suppose une liberté de mouvement que la sidération avait déjà supprimée.
Beaucoup de femmes portent une honte immense de ne pas avoir réagi. Nommer ce mécanisme est souvent le premier soulagement réel de l’accompagnement.
Ce que la peur permanente coûte au corps
Vivre en alerte continue n’est pas gratuit.
Le sommeil devient superficiel, jamais réparateur. La fatigue s’installe sans cause visible. La concentration se délite, la mémoire flanche.
Le corps somatise. Tensions, troubles digestifs, douleurs diffuses, système immunitaire fragilisé.
Et l’entourage ne comprend pas. On reproche à ces femmes d’être trop sensibles, trop susceptibles, trop réactives. On leur demande de se détendre, comme si la détente était une décision.
Pourquoi la peur reste après le départ
C’est une des choses les plus déroutantes pour les personnes concernées.
Elles ont quitté la situation. Elles sont en sécurité. Et rien ne s’apaise.
C’est logique. La menace a disparu du décor, pas de la mémoire. Les perceptions sensorielles enregistrées pendant des années restent des plaques sensibles, prêtes à réagir. Un ton de voix dans un magasin, un pas dans un couloir, une porte qui claque.
Le corps n’a pas reçu l’information que c’était fini. Il continue de faire ce qui a permis de survivre.
C’est précisément ce décalage que le travail thérapeutique vient traiter.
Il existe des chemins pour en sortir
Avec l’hypnose conversationnelle, nous pouvons ouvrir ces chemins-là.
J’accompagne régulièrement ces femmes à sortir des automatismes de la peur. À reprendre le contrôle de ces phénomènes protecteurs pour ne plus les subir. À réinventer une façon de se tenir debout face au monde.
Pas pour oublier, car on n’oublie pas. Mais pour transformer les mémoires traumatiques, retrouver un peu de sécurité intérieure, et renouer avec une force qu’elles croyaient perdue.
Le travail ne consiste jamais à supprimer la vigilance. Elle a sauvé quelque chose et elle mérite du respect. Il consiste à lui rendre sa juste mesure, pour qu’elle serve quand il le faut et se taise le reste du temps.
Ce que nous transmettons aux thérapeutes
C’est pour cela que nous formons à l’HyCSI®.
Parce que chaque femme mérite d’être entendue, accompagnée et guidée vers une manière nouvelle d’exister. Loin de la sidération, et plus proche de sa propre puissance.
Sandra Depasse · Absolem Formations
