Zéro terreur mais jamais zéro émotions
Il y a souvent une confusion entre ne pas reconnecter la souffrance du trauma et ne pas ressentir d’émotions, lors du travail de désensibilisation en hypnose conversationnelle stratégique HyCSI®. Or, ce sont deux choses fondamentalement différentes. Dans de nombreuses thérapies, la reconnexion à la souffrance du trauma est considérée comme un passage obligé pour “mettre à distance”.
On n'est pas obligé de resouffrir
Notre approche part d’un postulat simple. On n’est pas obligé de resouffrir de ce que l’on a déjà souffert.
C’est pour cela que nous travaillons avec douceur, progressivité, et une protection maximale du système émotionnel.
En HyCSI®, nous ne reconnectons jamais l’émotion de terreur du trauma. Nous utilisons au contraire des couches d’anesthésiants naturels pour aller chercher, avec délicatesse, les émotions emprisonnées dans le souvenir traumatique.
Ces émotions ont besoin d’être libérées. Mais sans replonger dans l’horreur, sans revivre ce qui a déjà été vécu une fois.
Dire zéro terreur ne signifie donc pas qu’il n’y aura pas d’émotions. Cela signifie qu’elles pourront émerger sans terreur, sans engloutissement.
Le lac calme
Se reconnecter à un trauma, c’est comme nager dans un lac calme.
L’eau est lisse, le corps flotte, tout semble maîtrisé. Et puis, en une fraction de seconde, quelque chose vous saisit par les chevilles et vous tire vers le fond.
Plus d’air, plus de repères. Juste la sensation brutale de se noyer dans une souffrance qui n’a jamais vraiment disparu.
C’est exactement ce que nous cherchons à éviter. La revivification, la terreur, l’engloutissement.
Ce qu'est une reviviscence
Quand une personne retombe dans une reviviscence, elle ne se souvient pas de la scène. Elle y retourne.
Le passé devient présent. Le corps réagit comme s’il était à nouveau en danger. Effroi, douleurs, flashbacks, sidération. Le système nerveux se referme comme une trappe.
Il faut mesurer ce que cela produit hors du cabinet. Une séance qui bascule ainsi ne se termine pas à la porte. Elle laisse une nuit blanche, des jours de sidération, parfois une aggravation durable.
Et souvent, elle produit autre chose. Le patient ne revient pas. Il conclut que la thérapie ne fonctionne pas, alors que c’est la brutalité de l’approche qui l’a fait fuir.
La dissociation n'est pas une fuite
Notre travail ne consiste donc jamais à replonger la personne dans l’horreur.
Nous désensibilisons les souvenirs traumatiques de manière dissociée, dans un état modifié de conscience stable et protecteur, où le thérapeute reste en lien constant avec la personne.
La dissociation en HyCSI® n’est pas une fuite. C’est un espace-tampon. Une distance juste, qui permet au souvenir d’être travaillé et aux émotions d’émerger, sans que la personne revive l’impact traumatique initial.
La différence tient en un mot. Le patient regarde la scène au lieu d’être dedans. Il garde la main. Il peut parler, ajuster, arrêter. Il reste sujet de ce qui se passe, au lieu d’en redevenir la victime.
Une jeune femme et son accouchement
Je pense à cette jeune femme, venue travailler le souvenir de son accouchement. Un accouchement qui avait basculé en urgence, suivi d’un long séjour en néonatalogie.
Chaque fois qu’elle tentait d’en parler, son corps se raidissait, son souffle se coupait, et ses yeux se perdaient quelque part derrière elle. Elle ne racontait pas. Elle replongeait. Le lac calme devenait un gouffre.
En HyCSI®, nous avons travaillé autrement. Suffisamment présente pour me répondre, suffisamment protégée pour ne pas être tirée vers le fond.
Nous avons désensibilisé la scène de manière dissociée. Elle observait, transformait, ajustait le scénario revisité.
Ce qui revient quand la terreur s'en va
À mesure que la terreur se dissolvait, les émotions dissociées ont commencé à revenir.
Pas la panique. Pas l’effroi.
Mais la tristesse immense de ne pas avoir pu tenir son bébé. La colère contre son propre corps. L’injustice. La solitude.
Ces émotions-là, elle pouvait enfin les ressentir.
C’est le point que je veux souligner. Ces émotions ne sont pas un dommage collatéral du travail, elles en sont le cœur. Elles étaient restées prisonnières du souvenir, gelées par la terreur qui recouvrait tout.
La terreur ne protège pas de la tristesse. Elle l’empêche simplement d’exister. Tant qu’elle occupe la place, rien d’autre ne peut se dire.
Ce que cela change aussi pour le thérapeute
Il y a une conséquence dont on parle peu.
Accompagner des reviviscences à répétition use. Le thérapeute reçoit l’effroi de plein fouet, séance après séance. C’est un facteur reconnu d’épuisement et de traumatisme vicariant chez les professionnels du psychotrauma.
Travailler de manière dissociée protège aussi celui qui accompagne. Ce n’est pas un détail de confort. C’est ce qui permet de tenir une carrière entière dans ce métier.
Zéro terreur, mais jamais zéro émotion
C’est tout l’enjeu du travail en HyCSI®. Protéger la personne de la revivification pour lui permettre de retrouver ses émotions, sans revivre l’horreur.
Zéro terreur. Mais jamais zéro émotion.
Sandra Depasse · Absolem Formations
