Trauma vicariant : quand écouter le traumatisme devient traumatisant
« Je me suis surprise à ne plus sortir le soir après qu’une patiente m’ait raconté son agression dans la rue. »
« Je me suis rendu compte que j’évitais certains sujets en séance, par peur de revivre intérieurement ce que mon patient avait traversé. »
« Depuis qu’il m’a raconté son terrible accident de voiture, je ne passe plus par le carrefour où c’est arrivé ! »
Il est un trauma moins connu qui affecte principalement les thérapeutes ou les personnes qui, dans le cadre de leur travail notamment, sont amenées à écouter les personnes traumatisées.
On appelle cela le trauma vicariant. C’est une forme de traumatisme que l’on ne vit pas directement, mais que l’on imprime par procuration : quand on écoute l’indicible, notre cerveau fabrique des images et, parce que le cerveau ne fait pas la différence entre le réel et l’imaginaire, ces images se fixent en nous, impactent tous nos sens et nous entraînent parfois dans la même détresse que celle vécue par ceux que nous accompagnons.
C’est cela, le trauma vicariant : une contamination invisible.
Chaque victime construit malgré elle une « structure de peur », une sorte de carte mentale où tout est lié : elle-même, ses gestes pendant le traumatisme, les bruits, les odeurs, les visages, et le sens terrible qu’elle leur a donné (danger, impuissance, horreur…) Quand nous recevons ces récits, nous entrons en contact avec ces structures. Si nous ne nous protégeons pas, si nous ne mettons pas la distance nécessaire, elles peuvent se déposer en nous, malgré nous.
Parce que le trauma vicariant nous impacte aussi fort que si nous avions vraiment vécu ce qui nous a été raconté (avec le risque de développer les mêmes symptômes de stress post traumatique), l’hypnose conversationnelle stratégique intégrative est toute indiquée pour nous aider : on désensibilisera ainsi de la même manière un trauma entendu ( et imprimé en soi) qu’un trauma vécu, afin de pouvoir retrouver une vie sereine et apaisée.
Bérangère Lhomme – Absolem Formations
Pour aller plus loin
Quatre mots circulent pour décrire ce qui arrive aux professionnels de l’écoute, et on les emploie souvent l’un pour l’autre. Les distinguer sert directement la pratique, parce que chacun appelle une réponse différente.
Le trauma vicariant est le plus profond. Il ne touche pas l’humeur, il touche la vision du monde. La personne ne croit plus tout à fait à la sécurité des rues, à la fiabilité des gens, à la protection des enfants. Il s’installe lentement, par accumulation, et il modifie durablement les croyances de base. On ne le répare pas par des vacances.
La fatigue de compassion est un épuisement de la capacité à ressentir avec. Elle apparaît plus vite, parfois après une seule période chargée, et elle se récupère mieux. Le burn-out, lui, ne vient pas du contenu des récits mais des conditions de travail : charge, manque d’autonomie, absence de reconnaissance. Un thérapeute peut être en burn-out sans jamais avoir écouté un seul trauma. Quant au contretransfert, il concerne ce qu’un patient précis réveille chez le thérapeute, lié à sa propre histoire. Il est ponctuel et personnel, là où le trauma vicariant est cumulatif et professionnel.
Confondre ces quatre réalités conduit à des réponses inutiles. On prend des congés pour un trauma vicariant qui reviendra intact dès la première séance. On travaille son histoire personnelle alors que le problème est un agenda intenable.
Sur le mécanisme lui-même, il y a un point que nous développons volontiers. L’imagerie mentale se construit pendant l’écoute, pas après. Quand un patient raconte, le thérapeute reconstitue la scène pour la comprendre, et cette reconstitution est sensorielle. Elle a une image, un son, parfois une odeur. C’est cette fabrication en direct qui laisse la trace, bien plus que le contenu des mots. La protection se joue donc pendant la séance, dans la manière d’écouter, et non uniquement dans ce qu’on fait le soir en rentrant.
En pratique, quelques repères aident réellement. Repérer ses points de résonance personnels, ceux qui accrochent plus que d’autres. Varier la nature des situations dans une même journée. Installer un geste de fin de séance, même minuscule, qui marque la sortie. Et parler, régulièrement, ailleurs. Le sujet prolonge celui de la fatigue de compassion et se travaille dans La protection du thérapeute.
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