Hypnose et trauma : transformer l'horreur en douceur avec la méthode HyCSI®
C’était début 2017. Il m’envoie un mail pour prendre rdv. Il était déjà venu l’année d’avant pour des difficultés personnelles. Il ne me dit pas pourquoi il veut me voir et je ne lui demande pas. C’est un ancien patient, je connais son histoire, je prépare son dossier.
Le jour du rdv, il s’installe dans le fauteuil en face de moi, calmement.
–Je fais des cauchemars toutes les nuits… en fait, le 22 mars dernier, j’ai été un des premiers à descendre dans le métro Maelbeek…
Le cerveau est bien fait, quand il le faut, il passe à la vitesse supérieure et sélectionne l’essentiel : je me rappelle qu’il est pompier, qu’il aime peindre et qu’il fait de la course à pied, mais surtout, je m’intime l’ordre de ne pas me faire d’images mentales sur ce qu’il s’apprête à me raconter. Ma protection quand ce que j’entends est trop dur, car je sais à quel point le trauma vicariant (se faire un trauma à force d’écouter les histoires terribles de ses patients) menace.
Je ne sais donc plus ce qu’il m’a dit, je sais cependant que je ne l’ai pas laissé parler longtemps, je l’ai emmené en hypnose et lui ai tout de suite proposé des changements : regardez, la voûte au-dessus de la station s’ouvre, le soleil entre, un tapis de mousse et de nombreuses fleurs recouvrent le tout… comme si vous peigniez un tableau. Il prend ma proposition. L’apaisement est immédiat. Quant à l’autre scène qui le hante (les cris et hurlements des policiers à l’extérieur au moment où il remonte), nous l’avons transformée en « 20 km de Bruxelles » : en fait ces personnes portent toutes un dossard avec un numéro, on dit leurs noms dans les haut-parleurs, la musique va très fort…
C’est ça la force de la méthode HyCSI® : transformer l’horreur en douceur en stimulant la faculté du cerveau à ne pas faire la différence entre réel et imaginaire. Être fermement directif.ve quand la scène traumatique s’impose et puis, surtout, utiliser les ressources du patient pour être encore plus efficace et savoir que, ce qui est ainsi transformé, l’est une fois pour toutes.
Bérangère Lhomme – Absolem formations
Notre regard sur ce sujet
Il y a dans ce récit une phrase discrète qui dit beaucoup du métier. Je m’intime l’ordre de ne pas me faire d’images mentales.
Deux travaux se déroulent en même temps dans cette pièce. Celui du patient, qui dépose l’indicible. Et celui de la thérapeute, qui doit rester pleinement présente sans laisser la scène s’installer en elle. Ce second travail ne s’improvise pas et ne s’apprend nulle part par hasard. Il se pratique en direct, pendant l’écoute, au moment même où l’attention est entièrement tournée vers l’autre. C’est ce qui rend cette compétence si particulière à transmettre.
Sur l’événement lui-même, quelques éléments distinguent un attentat des traumas que nous rencontrons habituellement. Il est collectif, donc partagé, ce qui aide. Il est aussi public, donc rediffusé. Les images tournent en boucle pendant des semaines, reviennent à chaque anniversaire, ressortent à chaque procès. Une personne qui souhaiterait mettre à distance ne le peut pas complètement. Le calendrier collectif réactive ce que le travail thérapeutique apaise.
S’y ajoute la question du statut. Les premiers descendus, les secouristes, les pompiers ne se pensent pas comme des victimes. Ils étaient là pour aider, et ils ont aidé. Cette position les protège sur le moment et les retarde ensuite. On consulte pour des cauchemars, pour un sommeil qui ne revient pas, rarement pour ce qu’on a vu. La demande arrive donc souvent des mois plus tard, formulée par le symptôme plutôt que par l’événement.
Une chose encore, que ce récit montre sans la souligner. Le patient revient chez une thérapeute qu’il connaît déjà. Ce détail n’est pas anodin. Après un événement de cette nature, la question n’est pas seulement de trouver un bon professionnel. Elle est de savoir à qui l’on peut confier cela. L’alliance existante épargne une étape que beaucoup de gens n’arrivent jamais à franchir.
C’est pourquoi nous ne séparons jamais la technique de la posture dans la méthode HyCSI®. Désensibiliser une mémoire traumatique demande des procédés précis, et ces procédés ne fonctionnent que dans une relation qui les rend supportables. Le reste s’apprend en formation de base, y compris la protection contre le trauma vicariant.
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