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Trauma relationnel : fatigue et blessure du lien

Main tendue et fragile, évoquant l'épuisement du lien relationnel

"Trauma relationnel: Une fatigue de vivre avec les autres."

Une fatigue de vivre avec les autres…

 

Trauma relationnel : une fatigue de vivre avec les autres

Voilà comment Thomas, 36 ans, a posé son mal sur la table dès les premières minutes. Pas d’événement traumatique identifiable. Pas de catastrophe à raconter. Juste cette lassitude profonde, osseuse, d’avoir tout donné et de n’avoir jamais été à la hauteur malgré tout.

Il n’est pas venu pour un trauma. Il est venu parce qu’il n’en peut plus des autres. Et parce qu’il ne comprend pas pourquoi.

Une gentillesse qui est une stratégie

Thomas est vraiment gentil. Ce que l’on appelle un vrai gentil. Il rend service avant qu’on lui demande. Il s’efface. Il ravale ses besoins avec une discrétion qui ressemble à de la générosité.

Ce n’est pas de la générosité. C’est une vieille stratégie de survie : être utile pour rester acceptable. Donner pour ne pas avoir à demander. Parce que demander, dans son histoire, n’a jamais vraiment fonctionné.

Cette gentillesse agit comme un signal. Elle attire, avec une régularité déconcertante, des personnes souriantes en façade et exigeantes en coulisse. Celles qui demandent encore. Qui renégocient. Qui ne sont jamais contentes. Qui ne disent jamais vraiment merci. Et qui, quand Thomas a tout donné, se plaignent de lui. Jamais devant lui. Toujours dans le dos.

Il n’est pas venu pour un trauma. Il est venu parce qu’il n’en peut plus des autres. Et parce qu’il ne comprend pas pourquoi.

Ce qui blesse n'est pas la brutalité

Ce n’est pas la violence franche qui brise Thomas. Une agression se nomme. Elle se date, elle se raconte, elle se travaille.

Ce qui le brise, c’est la douceur de façade doublée de la critique dissimulée. Quelque chose qu’on ne peut pas saisir, donc pas traiter. Le sourire dit une chose, le climat en dit une autre. Rien n’est assez net pour être dénoncé. Tout est assez présent pour blesser.

Alors il intériorise. Encore une fois, quelque chose en lui a manqué. Malgré tous ses efforts, il n’a pas su faire ce qu’il fallait. Et quand les remarques finissent par lui revenir, la blessure est profonde.

Une accumulation silencieuse

La fatigue relationnelle est rarement un grand drame. C’est une accumulation.

De petits renoncements. De fois où l’on dit oui alors qu’on voulait dire non. De critiques injustes absorbées sans être nommées. De rôles tenus parce que personne d’autre ne les tenait.

Aucun de ces épisodes ne mérite à lui seul le mot trauma. C’est leur répétition qui fait effraction. Le système ne cède pas sous l’événement. Il s’épuise sous la durée.

C’est ce qui rend ces situations si difficiles à reconnaître, pour le patient comme pour le thérapeute. Il n’y a pas de scène à désensibiliser. Il y a un climat.

Pourquoi le corps s'en souvient quand même

En hypnose conversationnelle, nous ne travaillons pas d’abord sur le récit. Nous travaillons sur ce que la mémoire a enregistré.

Ces situations répétées laissent des perceptions sensorielles. Une tension qui monte quand le téléphone sonne. Un serrement à l’idée d’un repas de famille. Une envie de disparaître quand la conversation devient exigeante.

Ce sont des plaques sensibles. Elles ne racontent rien, mais elles réagissent. Et elles réagissent avant toute analyse consciente.

C’est par là que le travail commence. Non par la reconstitution de vingt ans d’histoire, mais par ce que le corps signale aujourd’hui, dans la relation présente.

Quand une seule part de l'identité prend toute la place

Notre identité comporte une part qui reste elle-même et une part qui s’adapte. La première porte nos valeurs, notre estime, notre sécurité intérieure. La seconde ajuste, module, décide de ce que l’on montre et de ce que l’on garde.

Chez Thomas, la part adaptative a tout envahi. Elle fonctionne si bien qu’elle ne s’arrête jamais. L’autre part, celle qui devrait dire ce qui est juste pour lui, ne se fait plus entendre.

Ce n’est pas un défaut de caractère. C’est un déséquilibre installé. Et un déséquilibre, cela se retravaille.

Ce que la thérapie cherche à restaurer

Mon travail avec Thomas ne consiste pas à le rendre méfiant ni fermé.

Il consiste à lui redonner accès à une intelligence intérieure mise en veille. Cette capacité à ressentir, avant même de comprendre, quand un lien nourrit et quand il prélève.

Rester entier dans la relation, sans se sacrifier à elle. Apprendre aussi à se protéger des personnes chronophages et énergivores. Celles qui rendent les services par le bâton.

Et nous, thérapeutes

Nous rencontrons les mêmes personnes. Celles qui exigent, qui renégocient, qui consomment l’espace thérapeutique. Celles qui, quand on pose un cadre, se retournent avec une insatisfaction qui n’attendait que l’occasion.

Ce n’est pas une raison de se méfier de tous. C’est une invitation à rester attentifs à nos propres niveaux de ressource. À ces endroits en nous où nous donnons un peu trop, un peu trop longtemps.

Cette vigilance compte autant pour nous que pour nos patients. Elle est trop souvent négligée.

Sa valeur, comme la nôtre, n’est pas dans ce qu’il produit pour les autres. Elle est dans ce qu’il est, quand personne ne lui demande rien.

Sandra Depasse · Absolem Formations