Le bouton WAIT : se libérer des attentes qui nous figent

Il y a, dans certaines villes, un petit bouton discret au coin des feux de signalisation.
On appuie dessus, et le mot WAIT s’allume.
Il ne fait pas traverser plus vite.
Il ne change rien au trafic.
Il ne modifie pas le comportement des voitures.
Il nous dit simplement : “Reste là. Tu n’as pas la main.”

Beaucoup de nos attentes ressemblent à ce bouton.
On appuie, encore et encore, persuadés que quelque chose va enfin bouger.
On espère que l’autre comprendra, qu’il changera, qu’il fera ce qu’il “devrait” faire.
Mais le feu reste rouge.
Et nous, immobiles, nous continuons d’attendre devant une lumière qui n’a jamais été sous notre contrôle.
L’attente que l’autre comprenne, qu’il s’excuse, qu’il répare, qu’il soit différent…
Qu’il fasse enfin ce qu’il “aurait dû” faire.

Changer le souvenir ne suffit pas. On peut revisiter la scène, l’adoucir, la transformer… et pourtant, quelque chose continue de tourner en boucle.
Comme une machine qu’on n’arrive plus à éteindre.

Parce que le problème n’est plus dans le passé.
Il est dans l’attente qui continue de vivre au présent.

Je pense à cette patiente qui, depuis des années, se sentait blessée par sa maman qui ne l’avait pas soutenue lors des moments difficiles.
Elle avait beau comprendre, rationaliser, pardonner même…(du moins essayer)
Chaque fois qu’elle la revoyait, la même vague revenait : colère, déception, tristesse. Une boucle émotionnelle autonome et les mêmes réactions destructrices.

En hypnose conversationnelle stratégique, nous avons rencontré cette attente: pas pour la juger, pas pour la supprimer… Mais pour la regarder comme une part d’elle qui espérait encore quelque chose d’impossible.

Et quand cette attente a pu être reconnue, nommée, replacée à sa juste place, quelque chose s’est apaisé.
Non pas parce que l’autre avait changé, mais parce qu’elle avait cessé de se tenir immobile devant une porte qui ne s’ouvrirait jamais.

Les attentes sont des liens invisibles.
Elles nous attachent à des comportements que l’autre ne peut pas (ou ne veut pas) offrir.
Elles nous enferment dans des émotions qui se réactivent toutes seules.
Elles nous maintiennent dans une posture d’espoir figé.

Le travail thérapeutique consiste alors à reconnaître l’attente, comprendre ce qu’elle protège, voir ce qu’elle empêche, et permettre au patient de reprendre sa liberté intérieure

Quand l’attente se transforme, l’émotion se libère.
Et un jour, sans bruit, vous réalisez que vous n’êtes plus devant le bouton WAIT.
Vous traversez. Non pas parce que le feu a changé…
mais parce que vous avez cessé d’attendre qu’il le fasse.

Sandra Depasse Absolem Formations

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