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Retrouver son sourire : l’hypnose face aux traumatismes de l’enfance

Pissenlits en graines dont les aigrettes s'envolent dans un ciel de fin de journée

Retrouver son sourire : l'hypnose face aux traumatismes de l'enfance

C’était il y a quelques années. Elle avait 10 ans à l’époque.
Sa jeune vie n’était pas un long fleuve tranquille, non.
Sa vie était faite de violence verbale et physique, de coups bas et de coups dans l’eau, de douleurs et de carapace.
Elle avait 10 ans et ce qu’elle avait vu, entendu, vécu l’avait sortie bien trop tôt de l’enfance.


La première fois que je l’ai vue, elle a pris le temps de m’observer, de m’écouter sans rien dire.
Et puis au fur et à mesure des séances la parole s’est libérée, comme un petit, tout petit oiseau, qui pousse lentement le bec hors du nid.
Ce jour-là elle m’a dit : « j’ai perdu mon sourire au pays des sales types » … une déclaration comme une main tendue pour me donner l’autorisation de me lancer avec elle dans un travail de désensibilisation et de réparation en hypnose, tout en douceur…


Les dossiers Epstein rendus publics par le ministère de la justice américaine et leur immonde contenu, ont ramené le souvenir de cette petite fille, mais aussi celui d’adultes survivantes des réseaux de l’innommable. Et pourtant, comme toujours, tant qu’on ne nomme pas, on peut continuer à faire comme si ça n’existait pas. Et c’est compréhensible. Et c’est humain. Comment accepter que de telles horreurs existent et soient perpétuées par les puissants de notre planète ? Tellement abjecte et dégueulasse, que celles et ceux qui dénoncent ne sont généralement pas cru.e.s et souvent traité.e.s de malades et de complotistes. C’est toute la force de la perversité extrême.


Mais voilà que les dossiers Epstein viennent déchirer ce voile protecteur et c’est sans doute un premier pas : divulguer, dénoncer… pour empêcher.
Cela doit aussi nous rappeler, qu’au-delà des réseaux pédophiles organisés, tous les jours, dans nos pays dits civilisés, dans tous les milieux sociaux, de nombreux enfants sont encore victimes d’abus sexuels et de viols. Et je n’invente pas, je témoigne de ce que j’entends dans l’espace protégé de mon cabinet.


Bérangère Lhomme – Absolem Formations

Ce qu’en dit la littérature

Travailler avec un enfant n’est pas travailler avec un adulte en plus petit. La recherche apporte ici trois éclairages qui changent la pratique.

Le premier concerne la réceptivité hypnotique. Les échelles de suggestibilité utilisées depuis les années soixante montrent une constante : les enfants obtiennent des scores plus élevés que les adultes, avec un sommet situé autour de huit à douze ans. L’explication tient sans doute à leur familiarité avec l’imaginaire. Un enfant ne demande pas comment on entre en hypnose, il y est déjà la moitié du temps. Ce que l’adulte doit réapprendre, l’enfant ne l’a jamais perdu.

Le deuxième concerne le langage. Les travaux sur la mémoire traumatique montrent que l’expérience s’inscrit d’abord sous forme sensorielle et corporelle, et que la mise en mots vient après, quand elle vient. Chez l’enfant, dont les capacités narratives sont encore en construction, cet écart est maximal. Exiger un récit revient souvent à demander l’impossible. La métaphore, le dessin, le jeu ne sont donc pas des contournements pédagogiques. Ils parlent la langue dans laquelle la trace s’est inscrite. Une phrase comme j’ai perdu mon sourire au pays des sales types est un diagnostic complet, formulé dans la seule langue disponible.

Le troisième est peut-être le plus important, et il vient des études longitudinales sur la résilience. Emmy Werner a suivi pendant plus de trente ans une cohorte d’enfants nés sur l’île de Kauaï, dont beaucoup grandissaient dans l’adversité. Son résultat le plus repris est d’une simplicité désarmante. Les enfants qui s’en sont sortis avaient presque tous eu au moins une relation stable avec un adulte fiable. Un seul suffisait. Boris Cyrulnik a popularisé en français cette notion de tuteur de résilience.

Cela donne au thérapeute une responsabilité précise et modeste à la fois. Il n’a pas à réparer une enfance. Il a à être, pendant un temps, l’adulte fiable. Celui qui écoute sans se détourner, qui ne pousse pas, qui tient son cadre. Le petit oiseau qui sort le bec du nid ne le fait pas parce qu’on l’y encourage. Il le fait parce que rien ne l’a fait fuir. Ces spécificités sont travaillées dans la formation Enfants et adolescents.

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