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Sidération et dissociation : comprendre les mécanismes

Goutte d'eau figée par le givre dans un champ au petit matin

Sidération et dissociation : comprendre les mécanismes pour reprendre le contrôle

Depuis l’élection de Trump à la Maison Blanche, et après la violence de ses premières décisions, les média nous expliquent aujourd’hui que sa manière de procéder provoque la sidération


Comme pour la plupart des traumas, la sidération est la réaction de notre cerveau face à une situation choquante qu’on ne peut ni fuir, ni combattre. La seule réponse qui reste alors est le figement et celui-ci s’accompagne généralement de phénomènes hypnotiques protecteurs appelés protections dissociatives : ainsi on peut avoir la sensation de sortir de notre corps, d’être anesthésié physiquement, émotionnellement… tout en étant dans l’incapacité totale d’agir. Et c’est cette incapacité d’agir qui empêche la mémoire traumatique de se transformer en souvenir autobiographique et qui crée ensuite chez les victimes un fort sentiment de culpabilité.


Mais dans le cas de Trump, et de nombreux responsables politiques qui, chez nous aussi, récupèrent ses méthodes, il y a l’installation d’une autre technique propre aux manipulateurs narcissiques, pervers ou non : la mise en place d’un état émotionnel permanant qui ne nous fige pas, mais déconnecte notre cerveau néocortex (pensant) au profit de notre cerveau reptilien (primitif). Autrement dit, cet état émotionnel constant (principalement guidé par la peur) nous empêche de prendre la distance nécessaire qui nous permettrait une réflexion intelligente et adéquate. Se met alors en place une autre forme de protection dissociative : l’hébétude, la sensation de « devenir bête », de ne plus rien comprendre. A signaler que d’autres techniques de manipulations viennent ensuite en support, la plus fréquente et la plus déstabilisante étant la projection mentale : reprocher aux autres ce que l’on fait et ce que l’on est.


Prendre conscience de ces mécanismes est un premier pas, mais cela nécessite une prise de distance salutaire (se couper des infos en continus pour se reconnecter à son néocortex). Et il n’y a qu’une seule manière pour sortir de la sidération : se donner un ordre ferme à soi-même : réveille-toi ! prends de la distance ! bouge ! vis ! agis ! …


Bonne reprise de contrôle à vous, à nous …


Bérangère Lhomme – Absolem Formations 

Notre regard sur ce sujet

Un mot clinique est en train de devenir un mot d’actualité. Cela vaut la peine de s’arrêter sur ce que le glissement gagne et sur ce qu’il perd.

Ce qu’il gagne d’abord, car il y a du vrai. Le figement apparaît quand on ne peut ni fuir ni combattre. Cette condition n’est pas réservée aux violences individuelles. Une succession de décisions brutales, une avalanche d’informations, un sentiment d’impuissance devant ce qui se joue ailleurs produisent un état proche. On regarde, on ne fait rien, on se sent engourdi. Beaucoup de gens le décrivent en consultation sans oser en parler, parce qu’ils jugent leur réaction disproportionnée.

Ce que le glissement perd ensuite, et c’est important pour nous. Chez une personne traumatisée, le figement s’accompagne d’une inscription particulière de l’expérience. Le souvenir ne se range pas comme les autres. Il reste au présent, fragmenté, sensoriel, prêt à revenir. Devant un événement lointain, la torpeur est réelle mais elle ne laisse généralement pas cette trace-là. Employer le même mot pour les deux finit par diluer la réalité clinique de la première.

Nous y tenons pour une raison très concrète. Nos patients entendent ces mots dans les médias avant de les entendre chez nous. Quand un terme devient une figure de style, ceux qui le vivent vraiment perdent le moyen de le dire. Ils s’entendent répondre que tout le monde est sidéré en ce moment.

Il reste ce que nous considérons comme l’essentiel, et qui vaut dans les deux cas. La sortie du figement passe par le retour de la capacité d’agir. Pas par la compréhension, pas par l’accumulation d’informations, qui aggrave souvent l’état. Par un geste, même minuscule, même dérisoire au regard de l’événement. En thérapie, c’est exactement ce que nous rendons possible : permettre à la personne de faire, en hypnose, ce qu’elle n’a pas pu faire sur le moment.

C’est aussi ce qui désamorce la culpabilité. Tant qu’une personne croit qu’elle aurait dû réagir, elle se juge lâche. Comprendre que son corps a choisi la seule réponse disponible ne suffit pas à la libérer, mais c’est le premier pas. Le second consiste à lui rendre le mouvement. Ces mécanismes sont au cœur de la formation de base, et le sujet croise celui du doute après le trauma.

Absolem Formations