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Je te crois : comprendre les traumas et le doute

Visage de femme reflété dans un miroir brisé en éclats

Je te crois!

« Je te crois » . Cette petite phrase est essentielle pour toutes les victimes de viols et d’agressions sexuelles. Car mettre en doute leurs dires crée la sensation d’une nouvelle agression.
Même si, la police et la justice sont aujourd’hui mieux formées pour accueillir correctement ce type de plaintes, il reste encore du chemin à faire pour détricoter les idées reçues et les stéréotypes de genre nés du patriarcat.
Ainsi le doute s’installe encore si, au moment de l’agression la victime portait une tenue jugée « aguichante » , si elle se promenait seule le soir, si elle avait bu, si elle était entrée « de son plein gré » chez son agresseur. Autant de pensées qui sont en lien avec le stéréotype selon lequel les hommes ne seraient pas maîtres de leurs pulsions et que c’est, par conséquent, aux femmes de faire attention.
Le doute est encore présent si la victime n’a pas bougé, crié, ne s’est pas enfuie. Cela est dû à une mauvaise connaissance du phénomène de sidération, qui fige la victime sur place.
Enfin le doute persiste si la victime se souvient de son viol des années plus tard, ce qui s’explique par une méconnaissance d’un puissant mécanisme protecteur appelé amnésie traumatique.
Et puis il y a aussi ce dont on parle difficilement, car cela pourrait être un argument utilisé par les vrais violeurs : il se peut qu’une victime accuse une personne d’agression sexuelle à tort, soit parce qu’inconsciemment elle veut protéger l’intégrité de son milieu familial (plus facile de croire que c’est le voisin plutôt que le grand-père) , soit par esprit de vengeance, pour faire porter à l’autre une violence qu’elle ne peut plus supporter en soi. Dans les deux , cas cette personne est en souffrance et il faudra en tenir compte. Mais il faudra aussi prendre en considération la souffrance de l’auteur présumé, qui devient alors une victime. Celui-ci vivra souvent l’enquête intrusive à son égard comme un viol de son intimité et se sentira à jamais sali par ces accusations. Car même s’il est totalement innocenté par la justice (dont la lenteur augmente la sensation de souillure), le mal sera fait et le doute, ici aussi, pourrait subsister.
Bérangère Lhomme – Absolem formations

Pour aller plus loin

Le doute ne s’appuie pas seulement sur des stéréotypes. Il s’appuie aussi, et c’est plus insidieux, sur la façon dont la mémoire traumatique fonctionne réellement.

Un souvenir ordinaire se construit comme un récit. Il a un début, une suite, une fin, et il se raconte à peu près pareil d’une fois à l’autre. Une mémoire traumatique ne s’organise pas ainsi. Pendant l’événement, l’attention se rétrécit sur quelques éléments, souvent périphériques : un motif sur un mur, un bruit, une odeur. Le reste n’est pas encodé de la même manière. Il en résulte des souvenirs très précis sur certains détails et très flous sur d’autres, y compris sur des éléments que l’on juge centraux.

Cette structure produit exactement ce qui déclenche la méfiance. Une personne se souvient de la couleur d’un coussin mais pas de l’heure. Elle situe mal la chronologie. Elle ajoute des éléments lors du deuxième récit, non parce qu’elle invente, mais parce que des fragments reviennent avec le temps. En audition comme en consultation, cela s’entend souvent comme une contradiction. C’est une signature du trauma, pas un indice de mensonge.

S’ajoute le délai de révélation, qui alimente lui aussi le soupçon. Parler suppose d’avoir un endroit sûr, une capacité à mettre en mots et une estimation du risque. Pour les faits subis dans l’enfance, ces trois conditions mettent souvent des décennies à se réunir. Un silence long n’est pas un silence suspect.

Il faut dire ici une prudence qui engage notre responsabilité professionnelle. Si la mémoire est reconstructive, elle est aussi influençable. Les travaux d’Elizabeth Loftus ont montré qu’une question mal formulée peut modifier un souvenir. Cela ne remet nullement en cause la parole des victimes, et c’est un contresens fréquent. Cela nous oblige, nous, à une rigueur particulière. Nous ne cherchons jamais à faire retrouver un souvenir absent, nous ne suggérons pas de contenu, nous travaillons à partir de ce que la personne apporte. Croire quelqu’un et lui fabriquer des souvenirs sont deux choses opposées.

Enfin, un repère clinique simple. La désensibilisation ne vise pas à établir ce qui s’est passé. Elle vise à ce que la trace cesse de revenir au présent. Une personne peut aller nettement mieux sans avoir jamais reconstitué la scène complète, et c’est souvent ce qui arrive. Ces mécanismes sont détaillés en formation de base et dans Abus sexuels.

Absolem Formations