Contre l’égo, pour l’écoute : l’hypnose autrement
C’est la rentrée, celle d’Absolem Formations aussi.
A chaque moment de notre enseignement nous insistons sur ce qui pour nous est essentiel : la position égalitaire entre le thérapeute et le.la patient.e. Cette position d’écoute, de non-jugement et de non savoir (dans le sens où seule l’inconscient du.de la patient.e sait) si chère à Milton Erickson.
L’hypnose est un outil puissant générant souvent des résultats rapides et profonds et l’égo du.de la thérapeute pourrait, tout aussi rapidement, en tirer un sentiment de puissance totalement déplacé.
Nous sommes des guides, pas des gourous ; nous sommes des partenaires responsables, pas des dirigeants autoritaires et encore moi des maîtres à penser !
Nous sommes convaincues que l’inconscient de la personne qui vient nous voir détient la réponse, sait comment réparer et surmonter ce qui doit l’être.
Notre regard sur ce sujet
Ce texte pose une question que nous croisons à chaque session de formation. Pourquoi l’hypnose attire-t-elle, plus que d’autres approches, ceux qui cherchent un pouvoir ?
La réponse tient sans doute à sa mise en scène. Depuis un siècle et demi, l’imaginaire collectif associe l’hypnose au regard qui subjugue et à la volonté qui plie. Le music-hall a fait le reste. Quand quelqu’un arrive en formation avec cette image en tête, il ne vient pas apprendre à écouter. Il vient chercher un ascendant.
Nous avons choisi de traiter cette question frontalement, dès le premier jour. Pas par principe moral, mais parce qu’un thérapeute animé par son propre besoin de réussir devient dangereux avec les personnes traumatisées. Ces patients ont déjà rencontré quelqu’un qui savait mieux qu’eux ce qui était bon pour eux. Reproduire cette asymétrie dans un cabinet, même avec les meilleures intentions, réactive la blessure au lieu de la soigner.
Il y a un piège plus subtil, et il guette les praticiens sincères. L’hypnose produit parfois des changements rapides et visibles. Une personne pleure, quelque chose se dénoue, elle repart transformée. Le thérapeute assiste à cela et, très naturellement, se l’attribue un peu. C’est humain. Cela devient problématique quand le besoin de revivre ce moment oriente les séances suivantes. On se met alors à chercher l’effet plutôt qu’à suivre le patient.
Notre garde-fou tient en une phrase que nous répétons beaucoup. Le changement appartient au patient. Le thérapeute crée des conditions, propose des chemins, tient un cadre. Il ne guérit personne. Cette phrase paraît modeste, elle est en réalité exigeante. Elle oblige à renoncer à la satisfaction d’être celui qui a réparé.
C’est aussi pourquoi la supervision n’est pas une option chez nous. Personne ne voit ses propres angles morts. Un praticien seul avec sa pratique dérive lentement, sans s’en apercevoir, vers ce qui le valorise. Le regard d’un pair est le seul dispositif qui protège durablement de cette dérive. Il protège le patient, et il protège le thérapeute de lui-même.
La position égalitaire dont parle ce texte n’est donc pas une posture douce. C’est une discipline. Elle demande de tolérer de ne pas savoir, de laisser un silence durer, d’accepter qu’une séance n’aboutisse à rien de spectaculaire. Ce sont souvent celles-là qui travaillent le plus en profondeur. Nous en faisons le socle de la formation de base.
Absolem Formations
