Détacher le collier : hypnose et renaissance dans un monde qui déféminise
Mauvaise image de soi, piètre estime de soi, manque de confiance en soi sont les perles d’un même collier que portent tant de femmes qui viennent me voir en séance.
Des femmes surtout, oui, parce que ce collier trouve son origine dans le patriarcat, qui s’épanouit aujourd’hui dans des relents masculinistes de plus en plus présents.
Dans ce monde-là qui est le nôtre, le corps, le cœur, l’esprit et l’âme des femmes ont été et sont violés, méprisés, étouffés, rabaissés, jugés, blâmés, tués en permanence.
Pas étonnant, dès lors, que les perles et le collier soient si difficiles à arracher …
Entre les quatre murs de mon petit cabinet de consultation elles déposent leur mal être, leur tristesse, les violences physiques et psychiques qu’elles ont subies, souvent depuis l’enfance, elles parlent de leur corps qu’elles détestent, elle se sentent moches, nulles et, s’il arrive qu’elles brillent peut-être un peu, elles ne le reconnaissent pas et me confient leur terrible syndrome d’usurpatrice. Même en tant que mère (ou que non mère) on ne leur fout pas la paix, les théories freudiennes ayant encore la peau si dure.
Je les écoute, je connais ces chaines et ces boulets, elles sont parfois mon miroir, mais ce que je vois surtout ce sont leur force, leur courage, leur intelligence du cerveau et du cœur et leur lumière, tapie, parfois si minuscule, mais bien présente.
Alors, petit à petit, ensemble nous partons à la recherche de leurs ressources et de leur puissance et, grâce à l’hypnose, nous détachons le collier pour s’occuper des perles une à une : désensibiliser les scènes traumatiques, identifier et neutraliser le juge intérieur, nettoyer en profondeur tout ce qui a été « déposé » en elles, rendre à leurs lignées ce qu’elles portent et ne leur appartient pas, retrouver, accepter et laisser grandir leur lumière intérieure… pour enfin leur permettre de renaitre à elles.
Une thérapie sorore, puissante et engagée qui donne du sens à ma vie dans ce monde que l’on veut déféminiser.
Bérangère Lhomme – Absolem Formations
Notre regard sur ce sujet
Ce texte nomme quelque chose que la thérapie individuelle a longtemps laissé de côté. Une souffrance peut avoir une origine collective et se vivre au singulier.
C’est une position délicate à tenir, et nous préférons dire pourquoi. Il existe deux façons de se tromper ici, et elles coûtent cher toutes les deux.
La première consiste à tout individualiser. On traite le manque d’estime comme un défaut personnel à corriger, on propose des exercices de confiance en soi, on travaille les pensées dites irrationnelles. Sauf que la pensée n’est pas toujours irrationnelle. Quand une femme a reçu pendant trente ans des messages sur son corps, son âge, sa voix trop forte ou sa place légitime, son sentiment de ne pas valoir n’est pas une erreur de raisonnement. C’est un apprentissage réussi. Le corriger comme une erreur ajoute une couche de culpabilité : non seulement je vais mal, mais je m’y prends mal.
La seconde erreur est inverse et tout aussi stérile. Elle consiste à tout renvoyer au collectif. C’est vrai, c’est juste, et cela ne soigne personne. Une explication sociale bien construite peut laisser la personne exactement au même endroit, avec en prime le sentiment que rien ne dépend d’elle. Comprendre d’où vient le collier n’en détache aucune perle.
Notre travail se situe entre les deux, et il commence par une question simple. Cette voix qui vous juge, à qui appartient-elle ? La réponse surprend souvent. Ce n’est presque jamais la sienne. C’est une phrase entendue, un regard, une remarque répétée, parfois une seule fois à un moment où elle comptait. Identifier la source ne suffit pas, mais elle change le statut de la voix. Elle cesse d’être une vérité intérieure pour redevenir un message reçu.
Ensuite vient le travail sensoriel, qui est le cœur de notre méthode. On ne déconstruit pas une image de soi par le raisonnement. On la désensibilise là où elle est inscrite, dans les scènes précises qui l’ont fabriquée, puis on reconstruit. C’est ce que nous appelons la reconstruction identitaire, et c’est une étape à part entière du parcours, pas un bonus qui arriverait tout seul une fois la souffrance apaisée. Le sujet croise celui du syndrome de l’imposteur et se travaille dans la méthode HyCSI®.
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