You are currently viewing Noël et les traumas en creux : réparer l’enfant blessé

Noël et les traumas en creux : réparer l’enfant blessé

Mains d'enfant devant un vieux téléviseur affichant de la neige

les traumas en creux : réparer l’enfant blessé par l’hypnose

Je crois qu’il n’y a pas un.e patient.e qui, en cette période de l’année, ne me dit pas  » vivement que les fêtes soient passées… je n’aime pas ce moment, c’est douloureux… »

C’est que Noël réveille généralement l’enfant blessé en nous, cette partie de nous qui n’a pas été en sécurité, qui n’a pas reçu l’amour, l’attention et la reconnaissance dont il avait besoin.
C’est que Noël met en évidence la solitude et le souvenir encore si vif de celles et ceux qui sont déjà partis.
C’est que Noël ramène, au-devant de la scène, la famille, ses disfonctionnements et ses non-dits.
C’est que Noël met un projecteur violent sur tous nos « traumas en creux », tous ces manques accumulés dès l’enfance.
Pour adoucir cette période en particulier, et la vie en général, il est possible de désensibiliser ces traumas en creux grâce à l’hypnose et une belle technique appelée le scénario de réparation.
L’idée est simple et, pour l’expliquer, je prends souvent l’exemple, sans doute un peu obsolète, mais tellement parlant, du magnétoscope.
Une fois la personne en état modifié de conscience je lui rappelle le fonctionnement des magnétoscopes et surtout cette possibilité qu’ils nous offraient de réenregistrer un nouveau film sur un film déjà présent.
« Effacer » un morceau de vie (ou plutôt déconnecter la souffrance qui y est liée) avec l’enregistrement d’une nouvelle histoire.
Et donc pourquoi pas, par exemple, refaire ainsi le film de son enfance en choisissant cette fois des parents adéquats, un environnement sécurisant et beaucoup d’amour…
La personne « reprogramme » alors autrement toute une partie de sa vie et prends le temps de remplir l’enfant qu’elle était de tout ce qui lui a manqué.
Et pourquoi ça marche ? Parce que l’hypnose, et l’état modifié de conscience qu’elle engendre, augmente le fait que le cerveau ne fait pas la différence entre le réel et l’imaginaire et ancre ce nouveau film comme une expérience réellement vécue.
Bérangère Lhomme – Absolem Formations

Ce qu’en dit la littérature

La notion de trauma en creux désigne ce qui n’a pas eu lieu. C’est probablement la forme de blessure la plus documentée par la recherche et la moins reconnue par ceux qui la portent.

La grande étude sur les expériences adverses de l’enfance, menée par Vincent Felitti et Robert Anda auprès de plus de dix-sept mille personnes, a compté la négligence émotionnelle parmi les facteurs mesurés. Le résultat a surpris jusqu’aux chercheurs. Ce qui n’a pas été donné pèse, sur la santé physique et psychique adulte, aussi lourdement que ce qui a été infligé. L’absence laisse une trace comparable à la violence.

Les travaux sur l’attachement expliquent en partie ce mécanisme. John Bowlby, puis Mary Ainsworth et Mary Main, ont montré que l’enfant construit ses modèles internes à partir de la réponse reçue. L’expérience du visage immobile, conçue par Edward Tronick, en donne une illustration saisissante. Une mère cesse simplement de répondre à son bébé pendant deux minutes, sans un mot dur, sans un geste brusque. Le nourrisson passe par l’appel, l’agitation, puis le retrait. Rien n’a été fait, et pourtant quelque chose a eu lieu.

S’ajoute une difficulté propre à ces blessures. On ne se souvient pas d’une absence. La mémoire enregistre des événements, pas des non-événements. L’adulte dira donc en toute sincérité que son enfance était normale, tout en portant un sentiment de vide qu’il n’arrive à rattacher à rien. Cette absence de récit explique pourquoi ces patients se jugent souvent illégitimes à souffrir.

Reste la question du travail de réparation, et la recherche a beaucoup bougé sur ce point. Les travaux sur la reconsolidation mnésique, initiés notamment par Karim Nader puis poursuivis par Daniela Schiller, ont montré qu’un souvenir rappelé redevient temporairement modifiable avant d’être restocké. Pendant cette fenêtre, une expérience émotionnelle contradictoire peut en modifier la charge. Ce n’est plus seulement apprendre à vivre avec, c’est transformer la trace elle-même.

Cela donne un cadre théorique sérieux à ce que l’hypnose pratique depuis longtemps sous le nom de scénario de réparation. Il ne s’agit jamais de fabriquer un faux souvenir, et cette prudence est essentielle. Il s’agit de fournir au système émotionnel l’expérience qui a manqué, en sachant qu’elle est imaginaire, ce qui n’empêche nullement le corps d’y répondre. Le sujet touche de près celui de l’attachement et de l’abandon.

Absolem Formations