les traumas en creux : réparer l’enfant blessé par l’hypnose
Je crois qu’il n’y a pas un.e patient.e qui, en cette période de l’année, ne me dit pas » vivement que les fêtes soient passées… je n’aime pas ce moment, c’est douloureux… »
Ce qu’en dit la littérature
La notion de trauma en creux désigne ce qui n’a pas eu lieu. C’est probablement la forme de blessure la plus documentée par la recherche et la moins reconnue par ceux qui la portent.
La grande étude sur les expériences adverses de l’enfance, menée par Vincent Felitti et Robert Anda auprès de plus de dix-sept mille personnes, a compté la négligence émotionnelle parmi les facteurs mesurés. Le résultat a surpris jusqu’aux chercheurs. Ce qui n’a pas été donné pèse, sur la santé physique et psychique adulte, aussi lourdement que ce qui a été infligé. L’absence laisse une trace comparable à la violence.
Les travaux sur l’attachement expliquent en partie ce mécanisme. John Bowlby, puis Mary Ainsworth et Mary Main, ont montré que l’enfant construit ses modèles internes à partir de la réponse reçue. L’expérience du visage immobile, conçue par Edward Tronick, en donne une illustration saisissante. Une mère cesse simplement de répondre à son bébé pendant deux minutes, sans un mot dur, sans un geste brusque. Le nourrisson passe par l’appel, l’agitation, puis le retrait. Rien n’a été fait, et pourtant quelque chose a eu lieu.
S’ajoute une difficulté propre à ces blessures. On ne se souvient pas d’une absence. La mémoire enregistre des événements, pas des non-événements. L’adulte dira donc en toute sincérité que son enfance était normale, tout en portant un sentiment de vide qu’il n’arrive à rattacher à rien. Cette absence de récit explique pourquoi ces patients se jugent souvent illégitimes à souffrir.
Reste la question du travail de réparation, et la recherche a beaucoup bougé sur ce point. Les travaux sur la reconsolidation mnésique, initiés notamment par Karim Nader puis poursuivis par Daniela Schiller, ont montré qu’un souvenir rappelé redevient temporairement modifiable avant d’être restocké. Pendant cette fenêtre, une expérience émotionnelle contradictoire peut en modifier la charge. Ce n’est plus seulement apprendre à vivre avec, c’est transformer la trace elle-même.
Cela donne un cadre théorique sérieux à ce que l’hypnose pratique depuis longtemps sous le nom de scénario de réparation. Il ne s’agit jamais de fabriquer un faux souvenir, et cette prudence est essentielle. Il s’agit de fournir au système émotionnel l’expérience qui a manqué, en sachant qu’elle est imaginaire, ce qui n’empêche nullement le corps d’y répondre. Le sujet touche de près celui de l’attachement et de l’abandon.
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