Le droit d'exister
Il y a des vies qui ont appris à se taire. Des présences qui se sont effacées pour ne pas déranger. Des enfants devenus adultes sans avoir jamais été regardés vraiment. Pas de chaos, juste l’absence. L’absence de validation, de sécurité, d’amour inconditionnel.
Quand il ne s'est rien passé
Ces histoires sont les plus difficiles à légitimer, et d’abord pour ceux qui les portent.
Il n’y a pas de scène à raconter. Pas de cri, pas de coup, pas d’événement à dater. Les parents étaient présents, la maison était propre, les repas servis à l’heure.
Alors la personne arrive en consultation en s’excusant presque. Elle dit qu’elle n’a pas à se plaindre. Que d’autres ont vécu bien pire. Qu’elle ne sait pas trop pourquoi elle est là.
Cette difficulté à se sentir autorisée à souffrir est déjà le symptôme. Le droit d’exister s’applique aussi au droit d’avoir mal.
Ce qui blesse ici n’est pas ce qui a été fait. C’est ce qui n’a pas eu lieu. Et une absence ne laisse pas de trace visible, seulement un manque là où quelque chose aurait dû se construire.
Devenir docile
Alors on devient docile. On plie. On tolère l’intolérable.
On croit que le respect est un luxe, que l’amour se mérite. Et on s’oublie.
Cette docilité passe inaperçue parce qu’elle ressemble à des qualités. On la trouve arrangeante, discrète, facile à vivre. Personne ne s’inquiète d’une personne qui ne demande rien.
C’est précisément ce qui la maintient en place pendant des décennies.
La colère qui réveille
Mais un jour, quelque chose se lève. Une colère.
Pas celle qui détruit. Celle qui réveille. Celle qui dit : stop, je suis là, j’existe.
Avec l’hypnose, cette colère est précieuse et nous la rencontrons. Elle est le signal que le système nerveux sort du figement. Qu’il retrouve sa capacité à poser des limites, à dire non, à se choisir.
Il faut la reconnaître pour ce qu’elle est, car elle fait peur. Ces personnes ont souvent grandi avec l’idée que la colère était dangereuse, ou sale, ou synonyme de rupture. Elles la sentent monter et la referment aussitôt.
Une remarque pour les thérapeutes. Cette colère se dirige fréquemment vers nous en premier. Un retard, une phrase mal reçue, une facturation. Ce n’est pas un incident de parcours. C’est souvent la première fois que cette personne ose être mécontente de quelqu’un et rester quand même. Accueillir cela sans se défendre fait une bonne partie du travail.
La souffrance de l'indifférence
Il m’arrive souvent, en tant que thérapeute, d’accompagner cette souffrance-là. La souffrance de l’indifférence.
Pour aider les personnes à se remettre en lien avec elles-mêmes. Pour qu’elles se choisissent avant de choisir l’autre.
L’indifférence blesse autrement que l’hostilité. Un enfant maltraité sait au moins qu’il compte assez pour provoquer une réaction. Un enfant ignoré, lui, en déduit qu’il n’y a rien à voir.
C’est de là que vient cette conviction si difficile à déloger. Non pas j’ai été mal traité, mais je ne vaux pas le déplacement.
Transformer les affects enfouis
Avec notre approche en hypnose, nous allons chercher ces affects enfouis. Colère, tristesse, honte.
Pour les transformer en force de vie. En moteur de résilience.
Car ce qui a été nié peut devenir sacré. Et ce qui a été tu peut devenir parole.
Se respecter, c'est parfois faire un deuil
Se respecter, c’est parfois faire le deuil d’un amour conditionnel.
C’est créer un espace intérieur qui ne dépend plus du bon vouloir de l’autre. C’est reprendre le pouvoir sur son territoire.
Ce deuil est le passage le plus douloureux du travail. Il faut renoncer à obtenir un jour ce qui aurait dû être donné d’emblée. Renoncer au parent qui se réveillerait enfin.
Beaucoup s’arrêtent au seuil de ce renoncement, parce qu’il ressemble à une défaite. Ce n’en est pas une. C’est ce qui libère l’énergie occupée depuis trente ans à attendre.
Renaître à soi
Chez Absolem, nous formons des thérapeutes à accompagner cette traversée avec notre modèle HyCSI®.
Pour que chacun puisse retrouver son droit d’exister.
Et renaître à soi.
Sandra Depasse · Absolem Formations
