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Réhabiliter la bienveillance : face à l’agressivité

Deux enfants se tenant la main devant une palissade en bois sombre

Réhabiliter la bienveillance : posture thérapeutique face à l’agressivité ambiante

Je reçois tant de personnes en souffrance car malmenées, harcelées, jugées, rabaissées par les autres.
Souvent hypersensibles, mais pas que, ces personnes sont épuisées de l’agressivité ambiante et habitées par une grande désillusion quant à l’humanité.
J’avoue que je ressens, moi aussi, cette lassitude face au manque de bienveillance la plus élémentaire et j’ai le sentiment que cette façon agressive d’être à l’autre, si elle a sans doute toujours existé chez certain.e.s, , est en train de contaminer le monde.


C’est que, très souvent en lien avec le sentiment d’impuissance, de frustration, de menace, de rejet, de perte de contrôle, de mauvaise estime de soi, cette agressivité (tout comme ce besoin de rabaisser l’autre) trouve dans notre monde chaotique le terreau idéal pour s’épanouir.
Mieux, cette façon d’être est quasiment « enseignée » au travers des émissions de télé réalité, les talkshows et les débats politiques. Insulter l’autre, se moquer de ses failles (voire en inventer) utiliser ses faiblesses pour le ridiculiser devient presque un sport mondial…
L’exemple un peu caricatural de la victime du faux Brad Pitt et le déferlement de haine à son égard en est un récent exemple … mais il y en a des milliers d’autres.


Est-ce que cela nous rend plus heureux ? Est-ce que cela crée des liens d’affection entre les gens ? Est-ce que ça va nous aider à faire face aux enjeux climatiques et sociétaux auxquels nous sommes déjà confrontés ? Non.
Alors, là où nous sommes, essayons de cultiver et transmettre la bienveillance, le non jugement, la position égalitaire… autant de principes déontologiques mis en avant par Milton Erickson et la base de notre pratique et de notre enseignement chez Absolem Formations.


Dans un récent article le psychopédagogue Bruno Humbeeck (par ailleurs grand fan de Walt Disney) rappelait la devise de Panpan dans Bambi , devise qu’il est temps que nous fassions nôtre : « Si tu ne peux pas dire quelque chose de gentil., alors ne dis rien du tout.»
(Et si tu viens de penser « citer Panpan c’est quand même n’importe quoi», c’est que tu as encore un peu de chemin à faire!) 

Notre regard sur ce sujet

La bienveillance a mauvaise presse, et il faut dire pourquoi. On l’a tellement répétée dans les entreprises et sur les affiches qu’elle a fini par sonner creux. Nous tenons à la reprendre, mais en la distinguant nettement de ce qu’elle n’est pas.

Elle n’est pas la complaisance. Un thérapeute bienveillant n’approuve pas tout, ne dit pas que tout ira bien, n’évite pas ce qui dérange. Il lui arrive de nommer une chose que le patient ne veut pas entendre. La différence ne tient pas au contenu mais à l’intention et au moment. On peut dire des choses très directes à quelqu’un qui se sent en sécurité avec vous.

Elle n’est pas non plus une qualité de caractère. C’est un outil de travail, et c’est peut-être le plus mal compris de tous. Une personne durablement malmenée a appris à scruter les visages pour anticiper le coup suivant. Tant que ce détecteur tourne, rien de thérapeutique ne peut avoir lieu. Ce qui l’éteint n’est pas un discours rassurant, c’est une expérience répétée de non-agression. La bienveillance est donc la condition technique du travail, pas son emballage.

Il faut aussi parler de son revers, parce qu’il concerne beaucoup de nos patients. Une bienveillance sans limite devient exploitable. Les personnes qui viennent nous voir après des années de rabaissement ont souvent tout donné, tout excusé, tout compris de l’autre. Leur bonté n’est pas le problème. L’absence de frontière l’est. Nous travaillons donc rarement à les rendre plus dures. Nous travaillons à ce que leur douceur cesse d’être une porte ouverte.

Reste la question de l’agressivité ambiante, et notre position peut paraître inconfortable. Comprendre d’où vient une agressivité ne revient jamais à l’excuser. Ce sont deux opérations distinctes, et les confondre mène à deux impasses. Soit on explique tout et plus personne n’est responsable de rien. Soit on condamne tout et on renonce à comprendre, donc à soigner.

Enfin, un mot pour les thérapeutes. La lassitude décrite dans ce texte, nous la connaissons aussi. À force d’écouter ce que les gens se font subir, on peut devenir méfiant, puis cynique, sans s’en apercevoir. Le cynisme est confortable, il protège de la déception. Il rend aussi inapte au métier. C’est l’une des raisons pour lesquelles nous insistons autant sur la protection du thérapeute et sur la supervision.

Absolem Formations