"Je n’en peux plus de toute cette agressivité…"
Je n’en peux plus de toute cette agressivité…
Pour aller plus loin
Il y a une distinction que nous prenons le temps de poser en formation, parce qu’elle change toute la suite du travail. L’hypersensibilité n’est pas l’hypervigilance.
L’hypersensibilité est une manière de fonctionner. Le système perçoit plus finement, traite plus profondément, réagit plus longtemps. Elle est présente tôt, elle est stable, elle n’est pas une blessure. Elle coûte de l’énergie, elle donne aussi une qualité de perception dont beaucoup de métiers de soin dépendent entièrement.
L’hypervigilance, elle, est une conséquence. C’est un système d’alarme resté allumé après un danger. Elle scrute, elle anticipe, elle lit les visages pour détecter la menace avant qu’elle arrive. De l’extérieur, les deux se ressemblent beaucoup. La personne est épuisée par le bruit, la foule, les tensions du groupe. De l’intérieur, ce n’est pas du tout la même chose. L’une perçoit, l’autre surveille.
Pourquoi cela compte-t-il autant ? Parce que l’hypervigilance se traite et l’hypersensibilité ne se traite pas. Vouloir désensibiliser un trait de fonctionnement revient à demander à quelqu’un d’être moins lui-même. Vouloir laisser en place une alarme traumatique revient à abandonner la personne à son épuisement. La plupart des adultes qui consultent portent les deux, mélangées depuis si longtemps qu’elles semblent une seule chose. Démêler les deux est souvent le premier soulagement de la thérapie.
Il reste ensuite la question des frontières. Le mot éponge dit bien l’expérience, et il dit aussi le problème. Une éponge n’a pas d’enveloppe. Ce que nous travaillons n’est pas la réduction du ressenti, c’est la construction d’une limite entre ce qui vient de soi et ce qui vient de l’autre. Beaucoup de personnes hypersensibles n’ont jamais appris à faire cette distinction, parce qu’on leur a demandé très tôt de sentir l’humeur des adultes autour d’elles.
Un dernier mot sur le repli. Il est souvent perçu comme un symptôme à corriger, y compris par la personne elle-même, qui s’en veut de ne pas tenir le rythme des autres. C’est une lecture coûteuse. Le retrait est une récupération, pas un évitement, tant qu’il reste choisi et qu’il ramène ensuite vers le monde. Le distinguer d’un isolement qui s’installe fait partie du travail. Le sujet rejoint celui de l’invalidation du ressenti, que beaucoup de ces patients ont connue toute leur vie.
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