Rêvasser pour guérir : hypnose et résistance à la surcharge mentale
« Un des maux de ces dernières décennies, c’est la sollicitation permanente attentionnelle du levé au couché. Parfois ce sont des mails de travail à 21h , mais ça peut aussi être un groupe WhatsApp qui ne s’arrête jamais, un « mème » à minuit …
C’est en substance ce que confiait récemment Albert Moukheiber, docteur en neurosciences cognitives et psychologue clinicien, dans une interview au média « Le crayon ».
Il ajoutait que cette sollicitation attentionnelle permanente pourrait bien jouer un rôle important dans les troubles anxieux et les burnout qui explosent depuis une dizaine d’années.
Lorsque j’explique à mes patient.e.s l’état modifié de conscience qu’est l’hypnose, je le compare simplement à cet état « d’être dans la lune » qui est sensé nous arriver à toustes plusieurs fois par jour et a pour objectif de reposer notre cerveau.
Lors des séances d’hypnose, le cerveau peut enfin renouer avec cet état modifié de conscience et, souvent, rien que cela, est déjà une guérison.
Ce qu’en dit la littérature
Ne rien faire a longtemps été considéré comme une absence d’activité cérébrale. L’imagerie a montré exactement l’inverse, et c’est l’une des découvertes les plus intéressantes des vingt-cinq dernières années.
Au début des années deux mille, Marcus Raichle et son équipe ont remarqué quelque chose d’étrange dans leurs images. Quand un participant ne faisait rien entre deux tâches, un réseau entier s’activait au lieu de s’éteindre. On l’a appelé le réseau du mode par défaut. Il s’allume au repos et s’éteint dès qu’on se concentre sur une tâche extérieure. C’est lui qui travaille quand on regarde par la fenêtre.
Ce que ce réseau fabrique n’a rien d’accessoire. Il est associé à la mémoire autobiographique, à la projection dans l’avenir, à la compréhension des états mentaux d’autrui et à la construction du sentiment de soi. Autrement dit, c’est pendant les moments creux qu’on trie ce qui vient d’arriver, qu’on relie les expériences entre elles et qu’on répond à la question de savoir qui l’on est. Supprimer ces moments ne fait pas gagner du temps, cela empêche une opération.
La recherche sur la consolidation de la mémoire va dans le même sens. Les périodes de repos éveillé laissent apparaître des réactivations spontanées de ce qui vient d’être vécu, un phénomène décrit chez l’animal puis chez l’humain. Les travaux sur l’incubation en créativité montrent de leur côté que les solutions arrivent souvent après l’arrêt de l’effort, pas pendant.
Une nuance honnête s’impose toutefois. Une étude très citée de Matthew Killingsworth et Daniel Gilbert a montré que l’esprit vagabond s’accompagne souvent d’une humeur plus basse. La rêverie n’est donc pas bénéfique en soi. Tout dépend de sa tonalité. Ressasser n’est pas rêvasser, et la différence est cliniquement décisive.
C’est précisément ce qui rapproche ce sujet de l’hypnose. Milton Erickson décrivait la transe comme un état ordinaire, celui du trajet en voiture dont on ne se souvient pas, de la lecture qui décroche. L’hypnose thérapeutique ne fabrique donc pas un état exotique. Elle rouvre un espace intérieur que la sollicitation permanente a refermé, et elle lui donne une direction. C’est ce que nous appelons l’autohypnose, apprise en formation puis pratiquée seul.
Absolem Formations
