Adolescents, écrans et perte de lien
D’un côté il y a les enfants « déposés » chez moi par un parent inquiet. J’écoute alors l’enfant qui me dévoile son mal être et quand je demande « mais ce que tu me dis là, tu en as parlé à maman ou papa ? », la réponse est bien souvent « ça ne sert à rien, ils sont tout le temps sur leur téléphone !»
De l’autre côté il y a ces parents d’ados qui viennent me voir car ils sont totalement désemparés face à l’addiction de leurs jeunes :
« Petite, ma fille adorait lire et dessiner. Maintenant elle passe ses journées sur son téléphone à regarder des influenceuses maquillage, on dirait un zombie totalement accro ! »
Contenus beauté pour les filles, masculinistes pour les garçons, les réseaux sociaux véhiculent une idéologie d’autant plus dangereuse que cela s’accompagne d’une montée en puissance du narcissisme et de l’arrivée d’un nouveau trouble que le psychiatre Christophe André appelle le Trouble de l’Attachement à Autrui (TAA).
Ce téléphone portable et ce qu’il diffuse en boucle crée, on le sait, une addiction qui exploite le système de récompense du cerveau libérant la dopamine. Mais au-delà, il nous isole des autres, de nous-même et de la réalité qui nous entoure. Dans une salle d’attente, sur le quai d’une gare, il traque l’ennui et la rêverie pourtant si nécessaires au bon fonctionnement de notre cerveau et à l’éclosion de la créativité. On n’échange plus les yeux dans les yeux, on s’invective, on se critique et on se « hate » par écran interposé, on ne se connecte plus à la nature qui éveille nos cinq sens, on fait des voyages virtuels… on se désolidarise de tout pour ne même pas plonger en soi.
L’hypnose permet de s’évader autrement et de recréer des liens avec notre inconscient qui regorge de possibilités et d’imagination. Mais ça ne suffit pas. Favoriser les contacts vrais, les actions solidaires, renouer avec son corps et ses sens, écrire, lire, peindre, danser, chanter, écouter ou jouer de la musique, être en contact avec les animaux, apaiser son cerveau dans la nature… sont les remèdes qu’il nous faut urgemment mettre en place pour enfin revenir à notre humanité.
Bérangère Lhomme-Absolem formations
Pour aller plus loin
Une question revient sans cesse de la part des parents. Faut-il confisquer le téléphone ? Elle mérite mieux qu’une réponse en oui ou non, parce qu’elle passe à côté de la fonction que l’objet remplit.
Chez la plupart des adolescents que nous recevons, le téléphone n’est pas d’abord un divertissement. C’est un régulateur émotionnel. Il sert à faire baisser l’angoisse, à remplir un vide, à éviter une pensée, à s’endormir. Le retirer sans rien mettre à la place revient donc à supprimer la seule stratégie d’apaisement disponible, ce qui explique la violence de certaines réactions. Le travail thérapeutique consiste à installer d’autres moyens de réguler avant de réduire celui-là.
Il y a une raison développementale à cette vulnérabilité. À l’adolescence, les circuits de la récompense et de la sensibilité sociale arrivent à maturité bien avant les zones frontales qui permettent de temporiser. Laurence Steinberg a beaucoup travaillé ce décalage. Un adolescent n’est pas un adulte qui manquerait de volonté. Il dispose d’un accélérateur pleinement fonctionnel et d’un frein encore en construction. Des applications conçues pour capter l’attention rencontrent là un terrain particulièrement réceptif.
Une prudence s’impose sur les causes, et nous préférons le dire. Le lien entre écrans et santé mentale des jeunes fait l’objet d’un débat scientifique réel, entre ceux qui y voient un facteur majeur et ceux qui jugent les corrélations faibles. Ce qui n’est pas discuté, en revanche, c’est le temps pris à autre chose : le sommeil, l’ennui, les rencontres réelles, l’activité physique. C’est souvent par là qu’il vaut mieux entrer, parce que c’est mesurable et négociable.
Le point le plus délicat concerne les parents, et ce texte le nomme sans détour. Un enfant qui dit que ça ne sert à rien de parler parce qu’ils sont sur leur téléphone décrit une expérience précise : celle d’un visage disponible qui ne répond pas. C’est une rupture d’attachement répétée, minuscule et quotidienne. La dire aux parents demande du tact, car ils arrivent déjà coupables. Ne pas la dire revient à laisser l’adolescent seul avec le problème.
En pratique, nous travaillons rarement l’écran de front. Nous travaillons ce qu’il recouvre : l’angoisse sociale, la comparaison permanente, l’absence de lieu où exister sans être évalué. Ces questions sont au cœur de la formation Enfants et adolescents.
Absolem Formations
