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Voir la mort sans s’effondrer : l’hypnose comme armure douce

Silhouette tracée à la craie sur le sol d'une rue

Voir la mort: l'hypnose comme armure douce

Elle est inspectrice de police et on pourrait peut-être le deviner à sa démarche assurée façon léger « roulement de mécaniques » et à sa poignée de main ferme (c’était du temps où on pouvait se serrer la main).

Elle aime son boulot qu’elle conçoit comme un accompagnement bien plus que comme une répression. Dans mon cabinet elle laisse tomber l’armure. Elle est là pour aller mieux.

Parmi ses demandes, elle me parle de sa difficulté à voir un cadavre :

Ça devient difficile à vivre car cela m’arrive régulièrement dans mon boulot, et je n’y arrive pas, je me sens super mal, j’aimerais pouvoir mettre de la distance par rapport à ça !

Nous y travaillons donc en séance : transformation de deux scènes traumatiques avec découverte de cadavre en faisant bien attention de désensibiliser tous les sens impactés (ici la vue, mais aussi l’odeur), renforcement de la belle protection que peut être l’anesthésie émotionnelle couplée à une bulle protectrice qui se met autour d’elle à chaque fois qu’elle part sur le terrain.

Et ça marche.

Elle est revenue me voir il n’y a pas très longtemps pour un autre problème.

Elle me dit : je sais que l’hypnose va m’aider, quand je vois le travail qu’on a fait par rapport aux cadavres, c’est incroyable ! D’ailleurs c’est bien simple, à chaque fois que je vois un cadavre je pense à vous !
Je souris, on ne m’avait encore jamais fait pareil compliment !
 
Bérangère Lhomme – Absolem Formations

Pour aller plus loin

Cette séance touche à quelque chose de peu enseigné : la différence entre la dissociation qu’on subit et celle qu’on choisit.

Face à une scène insoutenable, le psychisme se protège seul. Il coupe. La personne se sent spectatrice de sa propre expérience, comme derrière une vitre. Cette anesthésie survient sans décision et sans mode d’emploi. Le problème n’est pas qu’elle apparaisse, c’est qu’elle reste. Elle se déclenche ensuite là où elle n’a plus rien à protéger, devant un enfant, un partenaire, un repas de famille. La protection devient un empêchement de vivre.

Le travail consiste à reprendre la main sur ce mécanisme. Non pas à le supprimer, ce qui serait absurde et dangereux dans certains métiers, mais à le rendre disponible sur commande. Une inspectrice de police a besoin de son anesthésie émotionnelle devant un corps. Elle a tout autant besoin de la déposer en rentrant chez elle. Ce que l’hypnose installe, c’est un interrupteur là où il n’y avait qu’un réflexe.

L’autre point mérite d’être développé, celui des sens. Une mémoire traumatique n’est pas un récit, c’est un ensemble de traces sensorielles. On désensibilise donc chaque sens impacté, un par un. L’odeur occupe ici une place particulière. Les voies olfactives rejoignent les structures limbiques par un chemin très court, sans le relais que les autres sens empruntent. C’est pourquoi une odeur ramène un souvenir entier, instantanément, avant même qu’on ait pu la nommer. Un travail qui ne traiterait que l’image visuelle laisserait la porte olfactive grande ouverte.

Il faut aussi nommer ce que ces métiers ont de spécifique. Policiers, pompiers, urgentistes, médecins légistes et personnel funéraire ne sont pas des victimes au sens habituel. Ils sont exposés de manière répétée, dans un cadre où l’effondrement n’est pas une option, et souvent au sein d’une culture qui valorise l’endurance. La demande d’aide arrive donc tard, formulée comme un problème technique. Elle mérite d’être entendue exactement telle qu’elle est présentée, sans la traduire immédiatement en fragilité.

Enfin, il y a la bulle protectrice. Elle n’est pas un décor d’imagination. Elle donne au corps une frontière là où il n’en avait plus. Beaucoup de professionnels décrivent, après ce travail, une sensation simple : celle de pouvoir regarder sans être touchés, puis de sortir de la scène en la laissant derrière eux.

C’est précisément ce que nous entendons par désensibilisation, et ce que nous transmettons dans la formation de base puis dans la protection du thérapeute. Non pas devenir insensible, mais redevenir capable de choisir.

Absolem Formations