Cultiver le mieux : l’hypnose comme alliée face à la maladie et au discours médical
Elle vient me voir pour mieux gérer sa vie avec la maladie. Elle est plutôt du genre optimiste, elle sait que tout peut « reflamber », mais elle a décidé de ne nourrir que le positif. Je lui explique qu’à partir du moment où notre cerveau ne fait pas la différence entre le réel et l’imaginaire (et déclenche donc la production d’hormones du stress quand on imagine le pire et d’hormones du bonheur quand on imagine le mieux) avoir une bonne écologie des pensées est très important.
Nos séances se passent donc à cultiver le mieux.
Mais ce jour-là elle arrive avec une petite mine. Elle me dit avoir peur de passer l’examen annuel de contrôle, parce que son médecin lui a dit : « vous savez madame, ce n’est pas parce que votre prise de sang est bonne qu’il n’y aura rien à l’examen, vous vous rendez quand même bien compte que vous êtes en sursis et qu’inévitablement ça reviendra un jour… »
Il arrive souvent que, sans doute dans un souci de transparence médicale, certains médecins troublés par l’évolution positive d’un patient faisant « mentir les statistiques» lancent ce type de « prophétie autoréalisatrice » : lorsqu’un médecin prédit la rechute à son patient, celle-ci finit par arriver car cette prédiction ébranle tout le mécanisme de guérison interne mis en place par le patient lui-même.
Quel dommage !
J’accompagne régulièrement des personnes en souffrance physique qu’il s’agisse de maladie psychosomatique (quand l’inconscient déplace une douleur émotionnelle dans une douleur physique) ou non.
Dans le premier cas, désensibiliser le trauma à l’origine du « déplacement » fera disparaitre la souffrance physique.
Dans le deuxième cas, si, l’hypnose ne peut pas guérir, elle donne aux patients la possibilité de ne plus être passifs : en hypnose on peut ainsi visualiser que le traitement agit exactement là où il doit le faire grâce notamment à la symbolisation . Cela améliorera l’état psychique et très souvent physique des personnes. Cet accompagnement est également possible pour des préparations aux accouchements, aux opérations, à des actes médicaux divers.
Dans tous les cas, l’inconscient est un bon allié sur le chemin de la guérison.
Bérangère Lhomme-Absolem Formations
Pour aller plus loin
La phrase de ce médecin mérite qu’on s’y arrête, parce qu’elle illustre un phénomène bien identifié et rarement enseigné : l’effet nocebo.
On connaît l’effet placebo, l’amélioration produite par l’attente d’un bénéfice. Son symétrique existe et il est tout aussi documenté. L’annonce d’un effet indésirable en augmente la survenue. Une formulation alarmante avant un geste augmente la douleur qui sera ressentie. Dire à quelqu’un qu’il est en sursis n’est pas une information neutre, c’est une suggestion, et une suggestion adressée à une personne en état de réceptivité maximale. Face à la maladie, l’attention se rétrécit et la parole médicale prend un poids considérable. C’est une transe, au sens clinique du terme.
Cela ne fait pas des soignants des coupables. La plupart n’ont jamais reçu une heure de formation à la manière de formuler. On leur a appris à informer loyalement, ce qui est une obligation légitime, et personne ne leur a montré qu’il existe plusieurs façons de dire la même vérité. C’est d’ailleurs pour cette raison que l’hypnose entre progressivement dans les hôpitaux, souvent par les équipes d’anesthésie et de soins palliatifs.
Il faut ensuite dire une prudence à laquelle nous tenons beaucoup. Cultiver le mieux n’est pas la pensée positive. Nous ne disons jamais qu’un état d’esprit détermine l’évolution d’une maladie, et nous considérons cette idée comme dangereuse. Elle transforme une rechute en échec personnel et ajoute la culpabilité à la souffrance. Beaucoup de patients arrivent déjà avec cette charge, installée par un entourage bienveillant qui leur répète de garder le moral.
Ce que le travail vise est ailleurs, et c’est déjà considérable. La qualité du sommeil. L’anxiété d’attente avant un examen, qui peut occuper des semaines entières. La douleur, dont la composante émotionnelle est indissociable. Et la possibilité de vivre des journées qui ne soient pas entièrement organisées autour de la maladie.
Un repère pratique pour finir. Le thérapeute ne se pose jamais contre le médecin, et il ne commente pas un pronostic. Il aide la personne à poser ses propres questions, à demander comment une information lui sera transmise, et à reprendre une place d’interlocuteur là où elle n’était plus qu’un dossier. Ce travail est abordé dans Préparation aux actes médicaux.
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