La Transe Relationnelle : Quand le Passé Dicte le Présent
Pourquoi choisit-on toujours la même porte pour sortir de la pièce ?
On change de partenaire, de ville, de décor. On se promet que « cette fois, ce sera différent ». Et pourtant, au détour d’une dispute ou d’un silence, je vois souvent remonter chez mes patients les mêmes ombres. La même sensation d’étouffement ou, au contraire, ce vertige de l’abandon qui semble venir de très loin.
C’est ce que j’appelle la « Transe Relationnelle ».
Un système d'exploitation invisible
Ce n’est pas une fatalité. C’est un système d’exploitation invisible.
Nos premiers liens ont tracé en nous des sentiers. Des réflexes de survie qui nous poussent à rejouer la même pièce de théâtre avec des acteurs différents.
Dans ces moments-là, on ne rencontre pas vraiment l’autre. On rencontre la projection de nos besoins inassouvis.
Le mot transe n’est pas une image. Il s’agit bien d’un rétrécissement du champ de conscience. L’attention se referme, la perception se déforme, le corps répond avant la pensée. Exactement ce qui se produit en transe hypnotique, mais déclenché par la relation.
Comment on la reconnaît
Une transe relationnelle se repère à quelques signes, chez nos patients comme chez nous.
La réaction est disproportionnée par rapport à ce qui vient de se passer. L’intensité ne correspond pas à la scène.
Le corps réagit avant que l’on comprenne. Gorge serrée, chaleur, jambes lourdes, envie de fuir.
Le vocabulaire devient absolu. Toujours, jamais, tout le monde, personne.
Et surtout, la sensation d’être ramené quelque part. Ce n’est pas seulement pénible, c’est familier. C’est ce familier qui signe l’ancienneté du schéma.
Ce que la parole seule ne peut pas défaire
On peut comprendre parfaitement son schéma et continuer à le vivre.
C’est une des expériences les plus décourageantes en thérapie. Le patient sait. Il a lu, il a analysé, il peut expliquer son fonctionnement mieux que nous. Et rien ne bouge.
C’est logique. Ce qui s’est enregistré ne s’est pas enregistré sous forme de mots. Ce sont des perceptions sensorielles de la mémoire, déposées avant même que le langage soit disponible.
Une compréhension consciente ne change pas une trace sensorielle. Il faut aller là où elle est inscrite.
La séance comme laboratoire
L’espace thérapeutique devient un véritable laboratoire.
Durant la séance, c’est précisément cet espace que l’HyCSI® permet d’ouvrir. Un lieu de rencontre au cœur des fragilités et des blessures non guéries, pour enfin y apporter une attention particulière et le soin nécessaire. Là où la parole consciente ne suffit pas pour changer les schémas.
L’intérêt est double. La transe relationnelle ne se raconte pas seulement, elle se rejoue. Elle apparaît dans le cabinet, avec nous, en direct.
Un patient qui craint l’abandon finira par tester notre fiabilité. Un patient qui redoute l’emprise se raidira devant notre directivité. Ce n’est pas un obstacle au travail. C’est le matériau lui-même, apporté vivant.
Le rôle du thérapeute
Notre rôle est de maintenir cet espace sécure.
En contenant le processus hypnotique, nous permettons à la personne de se rencontrer à un autre niveau. Là où les mots ne suffisaient plus.
C’est dans cette présence partagée que l’on peut enfin désamorcer les automatismes, pour oser une rencontre réelle. Sans masque.
Cela suppose de ne pas entrer soi-même dans la transe. Quand le patient rejoue sa pièce, il nous distribue un rôle. Le sauveur, le juge, le parent défaillant. Reconnaître ce rôle sans le prendre est le cœur du travail.
Redevenir son propre ancrage
L’attachement n’est pas qu’une histoire d’enfance. C’est l’apprentissage quotidien à redevenir son propre ancrage.
Sortir de la transe relationnelle ne consiste pas à ne plus jamais réagir. Cela consiste à disposer d’un temps de retard suffisant pour choisir. Sentir monter la vieille réponse, la reconnaître, et ne pas être obligé de la suivre.
C’est cette approche du lien et de la sécurité somatique que nous transmettons aux professionnels en formation. Car pour guider l’autre vers sa propre sécurité, il faut d’abord savoir habiter la sienne.
Sandra Depasse · Absolem Formations
