L'enfant funambule : sortir du besoin de faire plaisir pour exister
Il y a des enfants qui avancent dans leur famille comme des funambules. Ils apprennent très tôt que leur sécurité dépend de leur capacité à faire plaisir. Un sourire au bon moment, une parole qui apaise, un silence qui évite la tempête. Ils deviennent des experts de l’ajustement, des virtuoses de la nuance, des lecteurs précoces de l’invisible. Leur corps enregistre une règle simple : pour rester en lien, il faut répondre aux attentes, même celles qui ne sont jamais dites. Faire plaisir devient une manière d’exister.
Avec le temps, cette stratégie ne disparaît pas. Elle se transforme en une manière d’habiter le monde. Beaucoup d’adultes continuent de marcher sur ce fil invisible, persuadés que leur valeur dépend de leur capacité à arranger, à anticiper, à ne jamais décevoir. Ils disent oui avant même d’avoir senti ce qu’ils voulaient. Ils se suradaptent sans s’en rendre compte. Ils vivent dans une forme de déconnexion douce mais constante, comme si leurs besoins avaient été rangés dans une pièce dont ils n’ont plus la clé.
C’est souvent dans un cabinet que cette mécanique se révèle. Claire, quarante ans, l’a formulé d’une manière qui ne laissait aucun doute : « Je ne sais plus ce que je ressens. Je ne sais plus ce que je veux. J’ai passé ma vie à faire plaisir. » Elle n’a pas déroulé son histoire. Elle a simplement évoqué un père absorbé par ses douleurs, une mère émotionnellement absente, un frère toujours protégé. Et elle, au milieu, apprenant à maintenir la paix en se rendant utile, douce, prévisible. Ce n’était pas de l’effacement. C’était une stratégie de sécurité. Faire plaisir pour éviter la plainte. Faire plaisir pour éviter la tension. Faire plaisir pour ne pas devenir un poids de plus. À force, elle avait oublié d’écouter ses besoins. Elle avait vécu des années déconnectée d’elle‑même, comme si son intériorité s’était mise en veille pour laisser toute la place aux autres.
L’hypnose conversationnelle permet d’approcher ces zones où les mots ne suffisent plus, là où ces stratégies se sont inscrites avant même que le langage existe. Dans cet espace, quelque chose se réorganise. Non pas par une injonction à s’affirmer, mais par une réorientation subtile vers les sensations longtemps étouffées. Une tension dans la gorge lorsqu’un oui est trop rapide. Une chaleur dans le ventre lorsqu’une limite voudrait se dire. Une fatigue ancienne lorsqu’elle se surprend à devancer les besoins des autres. Ces signaux deviennent des repères, des fragments d’un langage interne qui n’avait jamais eu le droit d’exister.
À mesure que ce langage se reconstruit, le corps réapprend que faire plaisir n’est pas la seule manière d’être en lien. Qu’un désaccord n’est pas une menace. Qu’un besoin exprimé n’est pas une attaque. Qu’un non n’est pas une rupture. Le fil cesse d’être une obligation. Le sol réapparaît. L’identité peut se redéployer là où elle avait été suspendue. Ce processus n’a rien d’un apprentissage technique. C’est une réhabilitation du vrai self, une réautorisation à exister sans condition.
Pour les thérapeutes, ces trajectoires rappellent que derrière chaque adulte qui fait plaisir pour maintenir la paix se trouve un enfant qui a appris que sa survie dépendait de sa capacité à répondre aux besoins des autres. Accompagner ces histoires demande de la finesse, de la patience et une compréhension intime des mécanismes de protection qui se sont mis en place. Il ne s’agit pas de pousser à l’assertivité, mais de restaurer la sécurité interne qui rend l’assertivité possible.
C’est précisément ce que permet l’approche HYCSI : travailler là où ces stratégies se sont inscrites, dans les couches profondes de la mémoire émotionnelle, et offrir un espace où l’existence n’est plus conditionnée à la capacité de faire plaisir. C’est ce que l’on apprend dans la formation de base HYCSI, chez Absolem, où l’on accompagne ces funambules jusqu’à ce qu’ils puissent marcher sur un sol qui ne tremble plus.
Sandra Depasse Absolem Formations
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